XAVIER SUBTS : REPRENDRE LE GROUPE ROCHES, UNE AVENTURE HUMAINE

A Marck, dans le Pas-de-Calais, le groupe familial Roches, spécialiste de l’agencement d’espaces, vient d’être repris par Xavier Subts. Rencontre avec un entrepreneur passionné qui souhaite faire rebondir l’entreprise et l’emmener à la conquête de nouveaux marchés

Temps de Lecture : 4 minutes

Il a le goût de l’entrepreneuriat et l’expérience du rebond industriel, après avoir fait ses armes chez Winckelmans pendant sept ans : Xavier Subts, à la tête du Groupe Roches depuis le 27 décembre 2017, sait déjà qu’il atteindra son objectif d’activité de l’entreprise en 2018. Pas de secret derrière ce premier résultat, mais beaucoup de travail, beaucoup d’envie et une équipe sur laquelle il peut compter. L’entreprise – créée en 1936 par Léopold Roches puis reprise par son fils Gérard – conçoit, fabrique et installe des agencements pour des hôtels, des restaurants ou encore des concessionnaires automobiles. Xavier Subts prévoit pour 2018 un chiffre d’affaires consolidé de 20 millions d’euros. Il nous raconte son aventure et nous éclaire sur la direction qu’il veut donner au groupe Roches.

 

Racontez-nous, comment l’idée de reprendre le groupe Roches est-elle née ?

Xavier SUBTS : J’étais à la recherche de nouveaux challenges et Gérard Roches m’a sollicité pour qu’on se rencontre, alors qu’il cherchait, lui, un repreneur pour l’entreprise. Nous nous sommes donc rencontrés et nous avons pris le temps de nous connaître. Ce n’est que 18 mois après nos premiers échanges que nous avons signé la cession de l’entreprise, le 27 décembre 2017.

Quels sont vos objectifs pour l’entreprise avec cette reprise ?

Le premier objectif, d’abord, c’est de me plonger dans un nouveau monde, celui de l’agencement, de l’ébénisterie, de l’aménagement !

Surtout, il y a 18 mois, la société se trouvait affaiblie, en perte de vitesse, à cause du poids des années, d’un manque d’investissements et de la routine. Au moment où nous sommes entrés en discussion, je me suis aperçu que la reprise représenterait beaucoup de travail. Le challenge, pour moi, était de redynamiser une société dans une situation délicate et de dresser des lignes d’évolution pour le futur à toutes les équipes. Le challenge, c’est de créer un rebondissement pour une entreprise qui a 80 ans, qui dispose d’un savoir-faire et d’une histoire.

De quels atouts le groupe Roches dispose-t-il pour réussir ce défi ?

D’abord il y a les hommes. Le savoir est là, il existe. En somme, tout le travail consiste à dépoussiérer un joyau qui s’est assoupi, pour le faire briller de nouveau. Il faut absolument utiliser ce savoir-faire et ces hommes.

Ensuite, avec mes équipes, nous souhaitons donner une nouvelle image au groupe Roches. Ça passe par des éléments comme une nouvelle charte graphique, un nouveau logo… nous travaillons sur une brochure de présentation qui n’existait pas avant, nous refondons le site internet. Et surtout, nous montrons cette évolution à nos clients.

L’étape suivante, c’est de monter en gamme. Quand on fabrique en France, soit on fait du volume et peu de marge, soit on fait des petits volumes et on monte en gamme. Nous avons fait ce second choix. Il est impératif d’aller chercher des dossiers prestigieux, de proposer nos services à des hôtels de prestige et de mener des projets haut de gamme en France.

Un autre axe de travail fort sera d’emmener la société vers l’export, comme je l’ai fait chez Winckelmans, où l’international a représenté jusqu’à 80 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Pour Roches, dans un premier temps, dépasser 30 % du chiffre à l’export serait déjà une réussite.

Plus classiquement, nous avons rationnalisé la structure, en regroupant les deux structures qui composent le groupe sur deux sites au lieu de trois, et nous avons identifié plusieurs axes pour diminuer les dépenses et les charges.

Enfin, un dernier élément, qui est fondamental : il faut redonner un dynamisme et une cohérence à une entreprise et des équipes qui étaient un peu perdues, pour que le capital humain et l’envie de faire ensemble retrouve un nouveau souffle.

Comment vous y prenez-vous pour mener à bien ces ambitions ? Quels sont vos outils ?

Il est vrai que parfois la journée n’est pas assez longue ! Il faut une équipe solide autour de soi, réussir à déléguer, à communiquer la bonne parole qu’on essaye de défendre tous les jours… Je reviens toujours sur l’humain, mais c’est lui qui fait l’entreprise.

Je pense qu’il faut se donner des priorités, et avancer par étape, tout en gardant en ligne de mire l’endroit où on veut arriver. Ce n’est certes pas toujours simple à réaliser parce qu’on peut vite être pris par le courant, mais il faut réussir à se dégager du temps pour prendre du recul. Je le fais grâce à un rapport trimestriel que j’élabore d’abord pour moi-même, pour suivre mes objectifs, acter ce qui est déjà atteint et garder en tête la prochaine étape, mais je le diffuse aussi auprès de mes partenaires financiers et en interne. Cela me force à me poser sur la direction de l’entreprise.

Sur 2018, on envisage de faire une croissance à deux chiffres de l’activité, et je prévois une croissance identique en 2019. On a deux mois d’avance sur le planning et je sais déjà que mes objectifs de 2018 seront atteints. Mais cela ne se fait pas simplement. Le Groupe Roches, c’est 80 ans de savoir-faire, 130 salariés. J’ai investi dans les hommes, j’ai recruté, par exemple des commerciaux. J’ai créé des structures qui n’existaient pas, étoffé des services existants… J’investis dans les moyens humains et matériels. Je pense qu’il faut continuer sur la même vitesse. On a une belle équipe sur laquelle s’appuyer.

Vous parlez beaucoup de l’humain : comment embarque-t-on les équipes dans le nouvel élan donné à l’entreprise ?

L’équipe a déjà été habituée à ma présence pendant les discussions que nous avions avec mon prédécesseur. Et je les ai emmenées avec moi dans le projet de reprise, en proposant notamment aux deux principaux cadres dirigeants d’être actionnaires minoritaires. J’emmène les autres cadres par des projets, et pourquoi pas, à terme, leur proposer aussi de prendre des participations dans l’entreprise.

Avez-vous un conseil, un mot de la fin, en tant qu’entrepreneur ?

Je pense qu’il faut réussir à s’entourer de partenaires, dont le banquier. J’avais déjà travaillé par le passé avec le Crédit Agricole Nord de France, ainsi qu’avec une deuxième banque et avec Finorpa, qui m’ont fait confiance et m’ont soutenu, par deux fois, dans une aventure périlleuse.

Enfin, entreprendre, c’est une implication de tous les jours, un mode de vie et une envie de développer son projet. En tant qu’entrepreneurs, nous sommes les premiers à montrer qu’on a de l’envie, pour embarquer toutes les équipes : je dois être le premier fer de lance du Groupe Roches.