Terraveg-Unibio : comment ce producteur-distributeur de légumes a vécu la crise Covid-19

Mi-mars, c’est d’ordinaire le début de la pleine campagne pour les légumes-racines dans les Hauts-de-France. Pendant toute la période du confinement, Terraveg-Unibio a continué de fournir ses clients en légumes bio. Comment a-t-elle tenu le cap ? Quels enseignements la société tire-t-elle de cette période inédite ? Rencontre avec son dirigeant, Christophe Legrand

ligne de production chez Terraveg-Unibio pendant Covid 19
Chez Terraveg-Unibio, la ligne de production a continué de tourner pendant la crise
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Nous sommes le lundi 4 mai chez Terraveg, entreprise de production et de distribution de légumes-racines des Hauts-de-France. Sa filiale, Unibio, vient de passer la barre des 4000 tonnes de légumes bio sorties de sa station de collecte et de conditionnement de La Bucquière depuis le début du confinement. En temps ordinaire, Terraveg produit annuellement quelques 17 000 tonnes de légumes, dont 80 % en bio, avec ses 11 salariés, pour un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. 

L’entreprise fait partie des rares sociétés qui ont su tenir leur cap dans la tempête. Selon le 2e baromètre spécial Covid-19 de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) paru mi-avril, même dans ce secteur prioritaire et sans doute l’un des moins touché par la crise, 70 à 80 % des entreprises constatent une baisse de chiffres d’affaires et une fragilisation de leur trésorerie. Dans son 1er baromètre, paru 15 jours plus tôt, l’Ania relevait que, pour une entreprise agroalimentaire sur quatre, la baisse s’élevait à plus de 50% du chiffre d’affaires. Au rang des causes : l’absentéisme, les difficultés d’acheminement des marchandises, le surcoût du transport… 

L’ingrédient secret ? Les équipes, l’outil, et des capacités d’adaptation

Chez Terraveg-Unibio, la société a tenu le choc. Mais ce temps du confinement qui se termine a été intense, dense pour les équipes et pour Christophe Legrand, le patron. Il le répète, plusieurs fois, c’est grâce à eux si la machine a tourné depuis le 16 mars, si l’entreprise ne s’est pas retrouvé figée, mais a pu relever le défi de continuer de nourrir les Français confinés en légumes bio. “On s’est rendu compte qu’on pouvait compter sur chacun d’eux et ça a apporté une espèce de supplément d’âme au sein d’une équipe encore jeune, que je tiens vivement à remercier. C’est une vraie fierté, avec mes associés, d’être capitaine d’une équipe qui s’est dépassée”, témoigne-t-il. 

Arrêt complet pour 22 millions de repas quotidien

Retour au 16 mars : comme bon nombre de ses confrères chefs d’entreprise, à l’annonce du confinement, Christophe Legrand est dans l’incertitude. “L’annonce du confinement est tombée au moment où la production des Hauts-de-France prend la relève des autres régions. Le confinement démarre donc pile au moment où les volumes de légumes produits ici sont censés augmenter très fortement. C’est pour nous un moment d’indécision et de flou dans une situation inédite qui nous impose un arrêt complet de la vente à destination de la restauration collective. Pour la filière dans son ensemble, ça représente environ 22 millions de repas quotidiens.” 

Ce qui a sauvé la société : le report quasi immédiat de ces flux vers les magasins bio et les Grandes et moyennes surfaces (GMS). C’est son outil, sa ligne de distribution, un investissement récent dont la société ne peut que se féliciter aujourd’hui. C’est aussi un sacré sens de l’adaptation et beaucoup de manches relevées pour diversifier ses partenaires logistiques, trouver des sources complémentaires d’emballage des produits quand les fournisseurs se sont retrouvés à l’arrêt, être force de proposition auprès de ses clients pour répondre à la demande… Et c’est, enfin, son partenariat avec le réseau de distribution national Kultive qui a participé à cette continuité.

Quels enseignements pour demain ?

Comme toute épreuve, la période est au final riche d’enseignements pour une entreprise comme Terraveg-Unibio. En termes de stratégie, d’abord, “l’entreprise sort confortée dans ses engagements pour l’agriculture biologique dans les Hauts-de-France. On a constaté que la consommation bio reste ancrée dans les foyers français, même en ces temps inédits. Elle n’est pas une mode.”  Christophe Legrand se réjouit aussi de voir que nombre d’enseignes de la grande distribution ont fait le choix de soutenir l’origine France.

Côté tactique, Terraveg-Unibio a su maintenir ses engagements, ce qui contribuera sans nul doute à renforcer ses relations avec ses clients. Côté organisationnel, Terraveg-Unibio a pu éprouver la capacité de production de son outil et identifier des axes d’amélioration pour l’avenir.

Dans le milieu agricole, préparer aujourd’hui la récolte de demain n’est pas une métaphore. Même si la société se concentre pour terminer la campagne actuelle, comme beaucoup d’entreprises de son secteur, Terraveg-Unibio regarde vers 2021, et ses partenaires aussi  sèment tous les jours pour l’année prochaine. Si le moral est là, la vigilance aussi. Christophe Legrand sait que “après l’urgence viendra le temps de la gestion économique et on sait que tout le monde ne passera pas cette crise”

Viendra aussi le temps de tirer des leçons, pour faire mieux demain : agroécologie, souveraineté alimentaire, emballages compostables sont au rang des idées que ce chef d’entreprise pose sur la table.