De l’export à l’import : la stratégie de diversification de Nord Céréales – épisode 5

Présente sur le port de Dunkerque depuis 33 ans, la SICA Nord Céréales est le principal outil d’exportation des coopératives et des négociants céréaliers de la région. Pour moins dépendre de la quantité et de la qualité des récoltes annuelles, l’entreprise a décidé d’anticiper et de miser aussi sur l’importation. Histoire d’une diversification.

Joël Ratel, directeur général de Nord Céréales pose dans leur locaux du port de Dunkerque
Joël Ratel, directeur général de Nord Céréales
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Cet été, nous vous emmenons à la découverte du port de Dunkerque. Dans les épisodes précédents, nous vous proposions de découvrir le port de Dunkerque en chiffres, et le projet CAP 2020. Retrouvez tous les épisodes dans notre article : Le port de Dunkerque, poumon économique en transition.

Dans la zone centrale du port de Dunkerque, à proximité de l’écluse Charles de Gaulle, les silos de la SICA Nord Céréales se dressent, imposants, à quelques mètres des quais. La société y charge des navires, pour les plus gros des Capesize d’une capacité de 110 000 tonnes, à destination essentiellement de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, de la péninsule arabique, mais aussi de l’Asie, parfois même du Mexique et de Cuba. Depuis 2016, elle y décharge aussi des pellets de bois en provenance des Etats Unis, Canada et Russie, et des engrais : l’import, c’est le nouveau projet de la SICA Nord Céréales, au point que la construction d’un nouveau bâtiment de stockage est actuellement à l’étude pour répondre à la demande. Comment cette société historiquement vouée à l’exportation de céréales en est-elle venue à se diversifier vers l’import ?

Un silo portuaire intelligent

Créé en 1985 par les coopératives et négociants des Hauts de France, le site permet de consolider et de préparer pour l’export les céréales en provenance de tous les Hauts-de-France, mais aussi de la Seine-Maritime et de la Marne. Au total, la capacité de stockage du site s’élève à 330 000 tonnes. Aujourd’hui, une trentaine d’actionnaires de la SICA Nord Céréales recourent à ses services, réalisant ainsi d’importantes économies d’échelle. « Une des innovations intelligentes des fondateurs a été d’installer sur le port des équipements comme un nettoyeur et des séchoirs : nous sommes l’un des seuls silos français à disposer de tels équipements », souligne Joël Ratel, directeur général de Nord Céréales.

Tout est parti de mauvaises récoltes…

La diversification est ensuite devenue nécessaire. Tout est parti d’une série de mauvaises récoltes. En 2015-2016, le silo dunkerquois est le deuxième silo portuaire en France, avec 3,2 millions de tonnes exportées sur cette seule campagne (derrière Rouen à 8 millions de tonnes). Mais en 2016-2017, ce chiffre chute à 1,5 million de tonnes. Les contre-performances touchent l’ensemble du pays : cette année-là, la France, septième exportateur mondial de céréales, n’a exporté dans le monde que 21,8 millions de tonnes de blé tendre, de maïs et autres grains – un chiffre en recul de 40 % par rapport à la campagne précédente.

Pour Nord Céréales, l’alerte est prise très au sérieux. La parade sera l’importation. « Quand on réalise 1,5 million de tonnes d’exportation, on se doit d’avoir plusieurs cordes à son arc et de se diversifier », explique Joël Ratel. Cette stratégie évite à la société de connaître en 2017 ce qui aurait été sa seule année déficitaire en plus de 30 ans. Et aujourd’hui, elle amène l’entreprise à envisager la construction de nouveaux espaces de stockage : les investissements nécessaires pour ce projet sont actuellement en phase d’étude.

Initiative qualité

L’histoire ne s’arrête pas là. Pour se renforcer davantage encore, la SICA Nord Céréales a annoncé le lancement, en juillet 2017, d’une démarche qualité baptisée « Objectif export », avec l’appui du pôle d’excellence Agroé. Une démarche unique en France, et une grande première pour un silo portuaire. Qui implique notamment pour Nord Céréales d’améliorer encore ses capacités d’allotement, c’est-à-dire de trier les céréales selon leurs différentes qualités avant de les exporter, pour mieux répondre aux différents cahiers des charges des importateurs étrangers.

Grâce à cette stratégie volontariste et aux investissements prévus, la SICA Nord Céréales assure son avenir et renforce son expertise. Elle peut compter aussi sur l’appui du port de Dunkerque : « le port est à nos côtés, confirme Joël Ratel, il est à l’écoute, et partage notre objectif d’aller chercher davantage de commerce ». Anticipation, audace, solidarité : les ingrédients d’une véritable success story régionale.