STEPHANE RAISON : « LE PORT DE DUNKERQUE EST AU SERVICE DE SES ENTREPRISES ET DE SON TERRITOIRE »

Entre 2009 et 2012, Stéphane Raison était directeur de l’aménagement et de l’environnement du Grand Port Maritime de Dunkerque (GPMD) puis l’avait dirigé par intérim. Revenu en 2014 sur la Côte d’Opale, il préside depuis le directoire du port avec pour ambition d’être au service des entreprises et du territoire. Il revient sur la stratégie de développement mise en place depuis quatre ans, sur le sens de son action et sur le projet CAP 2020, qui transformera le Port de Dunkerque dans les années à venir.

Temps de Lecture : 4 minutes

Cet été, Entreprises by CA Nord de France vous emmène à la découverte du Port de Dunkerque, dans une série en cinq épisodes intitulée « Dunkerque Port, poumon économique en transition ». Dans l’épisode précédent, nous vous racontions l’arrivée d’Ecocem France à Dunkerque et de son modèle fondé sur l’économie circulaire.

Stéphane Raison, comment se porte le Port de Dunkerque aujourd’hui ?

En 2017, le Port de Dunkerque a réalisé un trafic de plus de 50 millions de tonnes. Et a surtout atteint un record en matière de conteneur avec 375 000 EVP [NDLR : Equivalent vingt-pieds, une unité de mesure de conteneur regroupant à la fois les conteneurs de 20 et de 40 pieds], soit une progression de plus de 10 % en un an. Nous devrions d’ailleurs nous approcher des 450 000 EVP cette année. Nous avons aussi démarré le trafic de GNL sur le terminal méthanier, dans un contexte où globalement les ports ont progressé sur l’Europe. Nous sommes dans une tendance relativement favorable, avec une stratégie post-pétrole mise en place en 2014, dont nous voyons aujourd’hui les premiers résultats en termes de trafic et d’implantations industrielles. L’idée est de refaire de Dunkerque une place de commerce. Selon cette stratégie, le port doit s’appuyer sur quatre piliers : 1) le trafic roulier – qui représente 16 millions de tonnes en 2017 – 2) la sidérurgie, puisque nous sommes le premier pôle sidérurgique d’Europe, 3) les vracs liquides, avec le développement du GNL et enfin 4) le conteneur. Avec cette stratégie, nous plaçons le port au service de ses entreprises et de son territoire.

Que signifie « être au service des entreprises » pour vous ?

Cela signifie que le Port de Dunkerque a systématiquement une approche client, quelle que soit la taille de ce client. Nous ne voulons pas faire du Port de Dunkerque le premier de la classe, nous voulons qu’il soit à taille humaine. Nous travaillons donc tous les jours pour être sûrs que ces clients obtiennent des services récurrents et une performance améliorée grâce à l’appui du Port. Pour cela, le GPMD a mis en place une équipe dédiée au développement industriel et logistique du Port. Cette qualité d’écoute permanente fait notre richesse. Aujourd’hui, les opérateurs attendent ce service, et ne peuvent pas accepter, par exemple, que la marchandise reste bloquée trois jours sur le Port. Notre objectif, c’est de discuter avec chacune des entreprises du Port, de comprendre le fonctionnement de leur chaîne logistique, etc., pour les aider à améliorer leur compétitivité. Mon leitmotiv est de leur demander « qu’est-ce que le Port peut faire pour vous ? ». C’est la différence entre la haute-couture et le prêt-à-porter : le Port de Dunkerque essaie de faire du sur-mesure.

Avec cette approche, comment le Port contribue-t-il au développement du territoire ?

Le Port est le poumon du territoire. En 2017, il représente plus de 3,9 milliards d’euros de valeur ajoutée (dont 300 millions d’euros de valeur ajoutée directe) et plus de 27 000 emplois directs, indirects et induits. Ces chiffres restent modestes comparés à ceux d’Anvers par exemple (21 milliards d’euros de valeur ajoutée, dont 10 milliards d’euros de valeur ajoutée directe).

Notre objectif aujourd’hui est de refaire de Dunkerque un port de commerce, en nous mettant au diapason des ports du nord. Les premiers résultats sont là. Par exemple, nous avons accueilli plus de cinq implantations majeures depuis 2014. Cela signifie que cette stratégie d’accompagnement fonctionne. Nous sommes sortis de l’ère pétrole – et c’est tant mieux – mais cela implique une transformation complète de notre modèle économique.

Quels sont les objectifs de CAP 2020 ?

CAP 2020 est une opération qui vise à augmenter le nombre de conteneurs sur Dunkerque, mais c’est aussi augmenter, logiquement, nos capacités logistiques. Nous voulons aussi, avec ce projet, continuer de développer l’industrie sur Dunkerque. Le tout en gardant ce souci du service au client.

Le Port aménagera donc de nouvelles zones d’activités en même temps qu’il aménagera le nouveau bassin. C’est ce qui a manqué au Port ces dernières années : nous disposons de 3 000 ha dédiés aux zones d’activité, qui n’étaient pas préparés à l’aménagement. Aujourd’hui, nous préparons 300 ha sur cinq ans et avec CAP 2020 nous en aménagerons 350 ha de plus. Ce travail sera le générateur de la valeur ajoutée de demain. Ces zones attireront des grands noms du commerce international et de l’industrie, tel que SNF Floerger, le deuxième chimiste français, qui arrivera entre 2020 et 2021 à Dunkerque.

Dans ce projet, nous n’oublions pas non plus l’environnement. Avec le GNL, l’hydrogène, et pourquoi pas demain l’éolien offshore, nous nous diversifions pour limiter les rejets de CO2… Nous essayons de mener de front l’ensemble de ces chantiers pour aboutir à un système durable. Nous avons été précurseurs sur ces questions depuis 10 ans, et nous cherchons des solutions pour sortir du carbone, compte tenu de la transformation complète du monde dans lequel nous vivons.

Que représente ce projet CAP 2020 en termes de retombées économiques sur le territoire ?

Cette opération CAP 2020, c’est 1,8 milliard d’euros de valeur ajoutée supplémentaire attendu et 16 000 emplois directs et indirects, dont 5 000 uniquement à l’échelle de Dunkerque. Ce projet constitue donc une transformation complète du territoire. Nous avons la chance d’avoir la plus belle géographie maritime de l’Europe du Nord avec Rotterdam : nous sommes les deux seuls ports à pouvoir accueillir des « Mégamax », ces bateaux de 24 000 EVP.

A quoi le Port ressemblera-t-il dans 10 ans ?

Le Port va bien changer en 10 ans. Il va s’aménager, et comportera davantage de zones logistiques et de zones industrielles, tout en tenant compte des corridors biologiques, de l’environnement, de la production propre d’énergie, etc. Nous passons d’un monde ancien à un monde nouveau, connecté, digitalisé. Nous devons accompagner ce mouvement mondial et nous mettons beaucoup d’énergie, avec les acteurs publics, pour bouger les lignes. D’ailleurs, nous sommes partenaires des collectivités, de la Région, de l’Etat et de la vingtaine d’autres ports de la région, dont les ports de Boulogne-Calais. Je crois beaucoup à cette idée de travail en commun.